Madère: Jardin Tropical de Monte Palace, Camara do Lobos, et Cabo Girao

Nous nous rendons à Monte, dans les hauteurs de Funchal, en direction du Jardin Tropical de Monte, qui s’étage entre 475 et 570 mètres d’altitude. L’intérêt, c’est que comme les sommets accrochent les nuages, il pleut ici plus qu’en bas. Nous déjeunons dans la verrière du Parc, de sandwichs et salades, jus de légumes frais, et gâteau au chocolat. Un régal, dans une ambiance végétale apaisante, qui donne envie de verrières et de jardins d’Hiver.

 

Le Jardin Tropical de Monte Palace se caractérise par une ambiance asiatique, avec des ponts, passerelles, colonnes, et petits abris dont la toiture nous rappelle les toits des pagodes. Tout ceci peint en rouge carmin, brillant, qui se découpe à merveille dans cette palette composée de toutes les nuances et dégradés de verts. La balade est agréable, il y a des fougères et des agapanthes en pagaille, des fougères arborescentes qui étalent leurs feuillages tels des parasols ou des parapluies… En effet, le ciel menace, une averse guette, et les premières gouttes nous rafraîchissent alors que nous admirons les flamants roses en pleine séance de Yoga. Qui sur une patte, l’autre élégamment repliée, qui le cou allongé et le bec dans l’eau, qui étirant ces ailes et prenant son élan… Équilibres, étirements, tout y est pour une séance pleine de vitalité. Gabin imite leurs postures et prend la pose.

En sortant du jardin, nous empruntons en voiture la route des descentes en luges traditionnelles. Ce sont de grands paniers en osier, dans lesquels sont installés de petits canapés comme à l’époque. Ils sont montés sur des patins enduits de graisses, tractés puis poussés par deux hommes en blanc, au physique mince. Contents de voir à quoi ça ressemble, et contents de ne pas avoir céder à cette tentation, ça ne m’aurait pas plus d’être tractée par des hommes, de faire la queue et de payer cher pour cette tradition devenue attraction touristique.

Nous prenons la direction de Camara de Lobos, très joli village de pêcheurs. Des barques et bateaux peints de couleurs vives et brillantes occupent le fond de la grève. Sur l’eau, de petits bateaux témoignent d’une activité professionnelle ou de plaisance tournée vers la mer. Des groupes d’hommes bavardent au café, à l’ombre des constructions ou jouent aux cartes de manière animée. Ils sont tellement nombreux autour de la table ronde, qu’il semble que chacun soit secondé par un joueur qui observe et commente, sans nul doute.

Les ruelles de ce village sont décorées de guirlandes colorées, qui sont assemblées à partir de produits plastiques : ribambelles de bouchons colorés, classés et assemblés en arc en ciel pendent de ciel ; une association de casiers de plastiques noir et de filets de pêche peints en marron ; des sacs plastiques blancs, décorés de grandes pétales de fleurs dessinées au feutre, pendent comme autant de lustres. Une jolie manière de recycler, de valoriser, d’être créatifs à partir de ces déchets. Le mieux étant de ne plus produire de produits emballés de plastiques, et de ne plus en consommer… Mais cette manière de faire, non moralisatrice, peut être intéressante pour prendre conscience, sublimer tout en modifiant nos habitudes …

Un saut de puce plus loin, nous voilà à Cabo Girao, falaise de 580 mètres de hauteur, une des plus haute d’Europe, qui surplombe la mer, donnant à admirer les parcelles agricoles alentours, aménagées en terrasse à flanc de montagne, les petites maisons colorées, le ciel, la mer et la terre, en parfaite harmonie. En dessous de nos pieds, une parcelle de terrains dont on apprend qu’ils ne sont accessibles que par la mer.

Nous envisageons d’aller encore à un mirador en altitude, mais sur la route, nous nous ravisons, car les cimes accrochent les nuages, et nous allons nous retrouver dans un manteau cotonneux opaque qui ne nous permettra pas de voir grand-chose.

Retour à la Marina après les dernières courses au Pingo Doce, cette fois nous quittons vraiment le Portugal, que nous retrouverons seulement en Juin, aux Açores. Nous avons proposé à une autre famille une baignade et un apéro-pique-nique à piscine pour le moment désaffectée du ressort ou est située la Marina. Le gardien nous en empêche, alors nous nous décalons sur la petite plage de galets gris. L’eau est délicieuse. Le gardien revient sermonner Marie, restée sur la plage avec Gabin. Il nous demande comment nous allons repartir, c’est-à-dire que la plage n’est pas privée, mais son accès oui. Il menace d’appeler la Police. Nous sortons de l’eau, nous nous rhabillons, ressortons, pour rentrer à nouveau, côté accessible afin de dîner sur la jetée, face à la mer quand même.

Madère: Levada do Casteljo et Santana

Ce matin, randonnée de la Levada de Casteljo. Départ dans de magnifiques paysages, mais le chemin s’arrête et se poursuit sur la route, l’itinéraire nous paraît ainsi très long jusqu’au but, qui est un point d’eau.  Les paysages de cultures en terrasses, où travaille un vieux monsieur, les petites maisons aux toitures de briques orangé, le bleu du ciel et de la mer dominée au loin par le Rocher de l’Aigle en direction de Porto da Cruz, la végétation luxuriante, et la Lévada, canal d’irrigation qui parcourt la montagne, ménageant un sentier plat, parfois glissant, parfois boueux, parfois vertigineux.

Belle randonnée le long des Levadas, jusqu’à un pont suspendu et une retenue d’eau sur la rivière. Je reste songeuse quant à tous les efforts déployés par l’homme pour apprivoiser la Terre nourricière, en tirer parti, sans en abuser, l’aménager pour mieux subsister. Les premiers canaux datent de l’arrivée des colons, à la fin du 15ème siècle. C’est déjà une réflexion que j’ai eue à Porto Santo, le long du chemin des Muletiers, chemin sans doute tracé par les pas des hommes et des animaux, pour se rendre à flanc de montagnes, pour y cultiver en terrasses, après avoir aménagé ces terrasses.

Pause goûter à Santana, après avoir découvert les petites maisons triangulaires, en forme de V renversé. Les toitures en chaume peuvent aller jusqu’au sol, ou s’arrêter à 90 cm de celui-ci. L’intérieur est tout de bois vêtu. La plupart sont ici transformées en magasin de souvenirs, spécialités locales, ou vente de plantes et fleurs. Si je devais construire un abri de fortune, celui-ci me plairait. Montée au mât pour réparer la balancine, Hakim monte, Xavier l’assure sur la drisse de GV tandis que j’assure une 2ème sécurité sur la drisse de Génois. Canoë pour les enfants. Quand on termine cette première manche, il est 21 heures. La suite demain.

La Galice et la costa de la Muerte

ESPAGNE : LA GALICE

LA COROGNE

C’est la fête médiévale à La Corogne. Et c’est dimanche. Autant dire qu’il y a du monde dans les rues. Un peu trop à mon goût, après avoir été seuls en mer pendant 3 jours. Mais c’est sympa. Nous avons bien mérité une bonne glace ! Sur la place devant l’hôtel de ville, sont installés des manèges médiévaux, des ateliers d’artisans : vannerie, sculpture sur bois pour faire de beaux blasons, tourneur de bois pour les instruments comme les cornemuses, manèges pour enfant tout en bois et manuels.

Notre premier dîner s’improvise dans un bar à Tapas, où nous nous abritons d’une averse de pluie. El Chipiron, ses grandes tables et ses hauts tabourets en bois foncé, sera parfait pour déguster des calamars, une portion fris avec des frites, et une portion à la plancha, avec des pommes de terre à l’ail. Nous voilà rassasiés ! C’était délicieux, typique, c’est tout ce qui nous fallait après trois jours de mer ! Tous couchés à 21 heures, nous ferons tous un tour de cadran complet. Buena notche pour cette 1ère nuit Espagnole.

Le lendemain matin, réveil tardif, nous sommes déjà à l’heure Espagnole. On a besoin de se poser pour remettre de l’ordre et du propre sur le Bateau. Je me fais à nouveau cette réflexion : La Marina, c’est comme le camping, tu te branches à l’eau et à l’électricité, tu as des voisins de ponton, tu peux aller prendre ta douche aux sanitaires. Le Mouillage, c’est comme le camping sauvage, moins de commodités, plus de nature, plus d’autonomie, et moins de frais.

Nous allons visiter la Tour d’Hercule, emblématique de la Ville.

Une construction datant de la fin du 1er siècle, par des empereurs Romains, améliorée au fil des siècles, devient une forteresse au Moyen âge, puis un phare : le plus ancien phare encore en service au Monde. De là, le paysage est à couper le souffle, non sans nous rappeler la presqu’ile de Penhirs que nous aimons tant. En moins beau quand même. D’un côté, l’agglomération de La Corogne, impressionnante, de l’autre la côte sauvage. Avec des bruyères, des rochers qui affleurent et autour les vagues qui cassent et moussent couleur turquoise.

NAVIGATION LE LONG DE LA CÔTE DE LA MORT : de La Corogne à Cormé, puis à Muxia

 

Notre départ de La Corogne est un peu rapide, décidé la veille au soir au regard des conditions météo : le vent va faiblir après-demain, et ensuite est prévu un coup de vent, il faudra donc être à l’abri. Donc soit on bouge, soit on reste jusqu’à dimanche.

La Navigation nous mène à Cormé, situé avant Muxia, qui était notre cap.

Des dauphins viennent nous dire Bonjour.

VIANA DO CASTELO ET LE NAVIRE HÔPITAL GIL EANNES

Notre 1ère nuit Portugaise restera gravée dans nos mémoires. Nous arrivons de nuit à Viana Do Castelo, et nous avons la consigne de nous amarrer dans un bassin où nous serons seuls selon les instructions de la marina. Nous entrons dans le port en navigant serré entre de hauts quais, comme si nous étions dans une longue écluse. Quelle n’est pas notre surprise de trouver un immense navire dans le bassin. C’est le Navire Hôpital Gil Eannes, dont nous ferons la visite le lendemain midi, malgré la courte durée de notre escale.

La ville historique de Viana Do Castello dévoile son charme : ruelles, vitrines colorées mettant en valeur des tissus traditionnels, des petits personnages de céramique hauts en couleurs, des terrasses de restaurants aux nappes colorées selon la tradition. Nous rentrons dans la plus belle église que j’ai jamais visitée : des pans entiers d’Azuelos, cette céramique murale en bleu et blanc, des peintures et des dorures, forment un ensemble harmonieux, bien qu’éclectique. Il y a surtout une belle lumière, et un dôme tout simple. C’est la Igreja da Misericordia.

Nous montons en funiculaire jusqu’au Santuario de Santa Luzia, une belle église qui de l’extérieur ressemble à Montmartre. C’est cet édifice que nous apercevions hier soir illuminée, en haut de la butte. Elle est entourée de plusieurs Obélix. À l’intérieur, il y a un mariage. La mariée, de dos, porte un long voile qui forme une longue traîne, et comme elle est debout sur les marches, c’est très beau. De là-haut, on surplombe toute la baie, le port, le pont … L’Atlantique et ses vagues à l’ouest.

La visite du Navire Hôpital Gil Eannes est incroyable, pleine de réalisme, reflétant la vie des marins à bord, la mission de médecine d’urgence et de soutien aux bateaux de pêche, le destin hors du commun de ces hommes, la solidarité des gens de mer. J’ai été tellement émerveillée, (je ne sais pas qui de Gabin ou de moi préfère visiter les bateaux), que j’ai relaté en détails notre visite dans un écrit, que j’ai mixé avec un article du Petitjournal, datant de 2013, relatant un bel échange avec l’ancien capitaine, Mario Esteves, alors âgé de 87 ans.

>> Photo >> lien / article pour aller plus loin

TRAVERSÉE DU GOLFE DE GASCOGNE

Nous larguons les amarres, pour les premiers miles en territoire bien connu, sur notre habituel terrain de jeu, Fouesnant – Les Glénan. Nous passons au large de l’ile des Moutons et des Iles Glénan, pour cette fois, les dépasser et mettre le cap au Sud-Ouest. Les premières heures sont encore marquées par une belle activité sur l’eau : plaisanciers, pêcheurs et quelques voiliers de course (IMOCA) partis faire des entrainements et des sprints en mer.

Nous sommes calmes, contents mais calmes.

Le début de nuit est consacré aux explications pour la veille de nuit, en effet, ce sont nos premières navigations nocturnes. Le bateau est équipé d’un radar pour plus de sécurité. J’apprends donc à surveiller la carte à l’écran, les bateaux que l’on croise, à cliquer dessus pour connaître leurs caractéristiques, à déduire si ce sont des bateaux de pêche (nombreux dans cette zone) ou des bateaux de plaisance. Le but est de savoir repérer leur vitesse, et le temps estimé avant une éventuelle collision. Idem sur l’écran du radar, dont les repères sont différents, il faut s’habituer à faire la conversion et la comparaison entre les deux outils.

Après une première nuit en mer, tout le monde est en forme. Gabin et moi avons bien dormi, malgré quelques réveils inquiets. Hakim est frais comme un gardon, après avoir assuré la veille et dormi par tranches de 15 minutes. Je crois que ça lui plaît de se mettre au défi, de s’imaginer dans des conditions de course en solitaire peut-être.

Au réveil, le paysage a changé. Ça y est, nous sommes dans le Golfe de Gascogne. Partout autour de nous, la mer, la mer, la mer, l’immensité du ciel et de la mer. Les voiles qui s’élancent vers le ciel, et notre Bateau qui trace sa route, autonome, une fois bien réglé.

Nous passons la limite symbolique des 60 miles des côtes, au-delà desquels nous devons être plus équipés, au niveau médical notamment.

Nous prenons conscience de l’immensité dans différentes dimensions … par exemple, réaliser qu’il y a 4000 m de profondeur d’eau en dessous de nous, une fois le plateau continental passé.

Nous passons, bien loin de la Bretagne maintenant, le Canyon de Penmarch : les Bretons ont vraiment laissé leurs traces partout. Si notre bateau nous semble suffisamment conséquent et rassurant, il est tout petit face à l’immensité mais puissant grâce au vent, notre allié. Une fois les voiles réglées, le pilote enclenché, la clarté de la route vérifiée sur la carte à l’aide des AIS (Balises des bateaux) et avec la vérification supplémentaire du radar, nous voici en « pilote automatique », libres de vivre à bord, de jouer, de lire, de dormir à tour de rôle, de manger, de rire. Le bateau continue d’avancer, et nous avec.

Bien qu’il soit autrement plus stable qu’un monocoque, les vagues nous ballottent et même nous secouent. Une réflexion me vient, le but de ce voyage ne serait-il pas de trouver la Stabilité dans le déséquilibre, la nature même de la Vie étant le déséquilibre…

Comment s’occupe-t-on ? Gabin poursuit la couture de petites décorations de Noël, c’est sûr, nous serons prêts pour la fête ! La cuisine, des jeux de société, dessins animés ou podcast … La journée s’écoule doucement au sens de doux et de lent. Les deux premières journées de traversée vont s’écouler ainsi, Hakim récupérant la journée et assurant une formidable veille de nuit. Bien que je sois d’habitude une chouette, entendez un oiseau de nuit, je me sens fatiguée, sans doute l’air de la mer, le contre coup du départ et du sprint final des préparatifs, et sans doute un fond de mal de mer.

Quelques manœuvres sont nécessaires malgré tout, bien qu’on n’ait pas viré de bord une seule fois depuis notre départ. En l’occurrence, le vent a forci et il nous faut prendre un ris.

Partout autour de nous, à 360°, la ligne d’horizon. Quand on observe bien, elle n’est pas droite. Les vagues se poursuivent jusqu’à l’infini, et du coup, la ligne est comme un coup de crayon tracé à main levé. De quoi abaisser l’exigence d’un dessin dont les traits seraient parfaitement tirés.

Et donc, rien d’autre que l’horizon. Parfois, loin, très loin, la silhouette d’un bateau.
Devant nous ce soir, on aperçoit un bateau nommé Touka, avec lequel on a communiqué en VHF en début d’après-midi. Ils mettent le Cap directement à Madère « sans date de retour ». Comment réagit l’entourage dans ces cas-là ?

J’imagine qu’au cours de ce voyage, je constaterais comme les fois précédentes, que nous sommes bien chanceux d’habiter en France, et de pouvoir compter sur ses institutions… Mais mon œil naïf a appris à mieux discerner les choses au cours des dernières années. J’ai appris aussi à moins considérer les choses de manière dichotomique. Mes différents voyages, au Mali, en Asie, et en Inde notamment, avaient déjà été porteurs de ce constat. Derrière la pauvreté apparente, une richesse inouïe …

Pour Gabin, au coucher, un petit rappel de sécurité : s’il se réveille dans la nuit et qu’il nous cherche, il ne doit en aucun cas sortir dehors, même avec un gilet de sauvetage. INTERDIT. C’est le principal danger à bord … avec les Hameçons de pêche.

Ce soir, vers 23 h 30, on repasse la limite du plateau Continental, c’est-à-dire qu’on repasse de 4000 à 500 mètres de fond. Les conditions de mer devraient être meilleures. Car il faut bien le dire, ça bouge beaucoup quand même. On repassera aussi dans la nuit, la limite des 60 miles nautiques, nous rapprochant de la côte, et rentrant dans le périmètre d’intervention plus aisée des secours. Les derniers miles sont longs, de manière objective car le vent a tourné, et est maintenant dans notre nez, et de manière subjective, les dernières heures d’une longue traversée sont sans doute toujours les plus longues, l’impatience d’arriver et de retrouver plus de stabilité …Nous sommes accueillis par Étienne, du bateau Perello, son fils Amaël, 8 ans, et leur équipier Jules, qui viennent nous prêter main forte pour amarrer Namaka. Joie indescriptible. Je ressens une impression de légèreté après la douche, quand je marche sur le ponton, ou que nous partons à la découverte de la Ville…